Réserve faunique en vue de conserver l‘environnement et la faune, et les raisons culturelles évoquées
par les plaignants n‘ont pas été assez convaincantes et justificatives. Il fait valoir que la désignation
des divers sites protégés, parcs nationaux et réserves fauniques sous la tutelle des Musées nationaux
a rendu possible la conservation de certaines des zones menacées par l‘empiètement dû à la
modernisation. L‘Etat Défendeur déclare que certaines de ces zones comprennent le « kayas » (forêts
utilisées comme aires rituelles par les communautés originaires de la Province côtière du Kenya), qui
se sont montrées très efficaces alors que les communautés ont continué à entrer dans ces aires sans
aucune crainte d‘empiètement.
65. Avant de décider si l‘Etat Défendeur a vraiment violé l‘article 8 de la Charte, la Commission
souhaite savoir si les croyances spirituelles des Endorois et leurs cérémonies constituent une religion,
conformément à la Charte africaine et au Droit International. Dans cette optique, la Commission
africaine note l‘observation du HCR à l‘alinéa 193 (ci-dessus). Elle reconnaît que la liberté de
conscience et de religion devrait, entre autres, signifier le droit à l‘adoration, à s‘engager dans les
74
rituels, à observer les jours de repos, et à porter des costumes religieux. La Commission africaine
fait ses propres observations dans la communication Free [i] Legal Assistance Group c./ Zaïre , selon
lesquelles le droit à la liberté de conscience permet aux individus ou groupes d‘adorer ou de se
rassembler par rapport à une religion ou à une croyance, et d‘établir et conserver des places à ce
sujet, ainsi que de célébrer des cérémonies conformément aux préceptes de sa religion ou de sa
74
croyance.
166. La Commission est consciente du fait que la religion est souvent liée à la terre, aux croyances
et pratiques culturelles et que la liberté d‘adorer et de s‘engager dans de tels actes est au centre de la
liberté de religion. Les pratiques culturelles et religieuses des Endorois sont concentrées autour du lac
Bogoria et ont une grande signification pour le peuple en question. Pendant les témoignages oraux, et
dans les observations écrites des plaignants, l‘attention de la Commission a été attirée sur le fait que
les sites religieux sont situés autour du lac Bogoria où les Endorois prient et où les cérémonies
religieuses ont régulièrement lieu. EIle reconnaît que les ancêtres des Endorois ont été enterrés à
côté du lac, et comme nous l‘avons indiqué ci-dessus, le Lac Bogoria est considéré comme la
demeure spirituelle de tous les Endorois vivants ou morts.
167. Elle le fait remarquer par ailleurs que l‘une des croyances des Endorois est que leur grand
ancêtre, Dorios, est venu du ciel pour s‘installer dans la forêt Mochongoi. Il note également les
arguments des plaignants, qui n‘ont pas été contestés par l‘Etat Défendeur, et selon lesquels les
Endorois croient que chaque saison, les eaux du lac deviennent rouges, et les ruisseaux chauds
émettent une odeur forte signalant ainsi le temps où la communauté doit exécuter les cérémonies
traditionnelles pour apaiser les ancêtres qui se sont noyés à la naissance du lac.
168. D’après l’analyse ci-dessus, la Commission africaine accepte que les croyances spirituelles et
les cérémonies pratiquées par les Endorois constituent une religion, selon la Charte africaine.
169. La Commission africaine va déterminer maintenant si l‘Etat Défendeur, par son action ou son
inaction s‘est ingéré dans le droit des Endorois, à la liberté de religion.
170. L‘Etat Défendeur n‘a pas réfuté le fait que les Endorois avaient été déguerpis de la terre de
leurs ancêtres qu‘ils appellent leurs demeures. L‘Etat Défendeur a simplement avancé les raisons
selon lesquelles les Endorois ne peuvent plus vivre dans la zone du Lac Bogoria. Les Plaignants font
valoir que l‘incapacité des Endorois à pratiquer leur religion est une conséquence directe de leur
expulsion de leurs terres et que, depuis leur éviction, les Endorois n‘ont pas pu pratiquer librement
leur religion, dans mesure où l‘accès au droit aux rituels religieux a été interdit à leur communauté.
171. Il convient de noter que dans l‘affaire Amnesty International contre le Soudan, la Commission
76
africaine a reconnu l‘importance capitale de la pratique de la liberté de religion. La Commission
africaine a remarqué que l‘Etat partie a violé le droit à la liberté de religion‘ parce que les nonmusulmans n‘avaient pas le droit de prêcher ou de construire leur église et étaient victimes de
tracasseries, d‘arrestations arbitraires et d‘expulsions. La Commission africaine rappelle l‘affaire Loren
Laroye Riebe Star , qui a été jugée au TIADH, et qui a déterminé que l‘expulsion des terres qui sont
au centre de la pratique de la religion, constitue une violation des libertés de religion. Elle remarque
que le tribunal a fait savoir que l‘expulsion de prêtres de la région de chiapas était une violation du
77
droit à la libre association à but religieux.