III – Moyens et arguments des parties
La SPK avance qu’en rompant unilatéralement le contrat de concession, l’Etat du
Mali lui aurait causé un manque à gagner de neuf milliards neuf cent cinq millions
huit cent quarante mille (9.905.840.000) francs CFA, somme établie sur la foi
d’un rapport d’expertise financière joint au dossier. Elle considère que
l’inexécution par le Mali de son obligation contractuelle a eu pour résulter de
compromettre gravement et dangereusement sa situation économique.
Elle invoque donc une violation de ses « droits économiques » et se fonde, pour
cela, sur plusieurs instruments internationaux liant l’Etat du Mali. Il s’agit des
dispositions suivantes :
- Article 22 de la Déclaration universelle des droits de l’homme selon lequel
« Toute personne, en tant que membre de la société, a droit à la sécurité
sociale ; elle est fondéeà obtenir la satisfaction des droits économiques,
sociaux et culturels indispensables à sa dignité et au libre développement
de sa personnalité grâce à l’effort national et à la coopération
internationale » ;
- Préambule de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, aux
termes duquel « il est essentiel d’accorder désormais une attention
particulière au droit et au développement des citoyens », et, ajoute la
requête, « que les droits civils et politiques sont indissociables des droits
économiques, sociaux et culturels, tant dans leur conception que dans leur
universalité et que la satisfaction des droits économiques garantit la
jouissance des droits civils et politiques » ;
- Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels du
16 décembre 1966, qui, selon encore la requérante, « pose le principe de
l’égalité entre tous les citoyens concernant les droits économiques ainsi
que toutes les constitutions des Etats africains qui font de la protection des
droits de l’homme un élément objectif de l’existence même de l’Etat » ;
- Enfin, la requête s’appuie sur l’article 4 du Traité de la CEDEAO en ce
qu’il engage les Etats membres à reconnaître, et protéger les droits de
l’homme.
Sur la foi de l’ensemble de ces éléments, la Société du Pont de Kaye demande à
la Cour de « dire et juger que l’Etat du Mali a violé » ses « droits économiques et
a violé ses propres engagements internationaux », d’ordonner à celui-ci de lui
payer la somme de neuf milliards neuf cent cinq millions huit cent quarante mille
(9.905.840.000) francs CFA en réparation du préjudice subi et de le condamner
aux dépens.
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