angulaire sur laquelle repose l’édifice des droits de l’homme. Le droit à la
dignité exprime l’essence même de la valeur inhérente à chaque individu,
indépendamment de sa situation, de ses antécédents ou de ses choix. Il
incarne et défend fondamentalement le principe du respect du caractère
humain intrinsèque de chaque personne et constitue le fondement de ce
que signifie être véritablement humain. C’est en ce sens que l’article 5
interdit strictement toute forme de traitement portant atteinte à la dignité
inhérente à la personne.
166. En l’espèce, le Requérant soutient que l’État défendeur a enfreint son droit
à la dignité par une série d’actions : premièrement, en le plaçant dans le
couloir de la mort ; deuxièmement, en l’enfermant dans des conditions
carcérales inhumaines ; troisièmement, en lui imposant une peine de
réclusion à perpétuité sans la possibilité d’une libération conditionnelle et
quatrièmement, en ne lui fournissant pas de traitement médical pour les
blessures physiques qu’il a subies, selon lui, de la part de la police.
167. En ce qui concerne le premier argument, la Cour rappelle sa position établie
selon laquelle le couloir de la mort peut induire une détresse psychologique
importante, en particulier lorsque l’attente de l’exécution perdure.49 La Cour
affirme que la détention dans le couloir de la mort fait fondamentalement fi
des principes d’humanité et viole la dignité des personnes. La Cour de
céans reconnaît que la détresse ressentie pendant la détention dans le
couloir de la mort résulte de la peur inhérente de la mort imminente à
laquelle les condamnés doivent faire face. L’incertitude perpétuelle qui
entoure l’exécution potentielle de la peine de mort et à laquelle sont
confrontés les condamnés à mort porte atteinte à l’essence même de leur
humanité.
168. Comme indiqué plus haut, le Requérant, en l’espèce, a enduré l’incertitude
angoissante d’une exécution imminente pendant une période prolongée de
près de six ans. Ce n’est qu’à la suite d’une grâce présidentielle que sa
49
Mwita c. Tanzanie (fond), supra, § 87.
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