v. Sur la condamnation fondée sur des aveux extorqués
123. Le second Requérant soutient qu’en vertu du droit international, des aveux
obtenus sous la contrainte sont irrecevables lors d’un procès et ne peuvent
être versés au dossier. Par conséquent, la décision de la Haute Cour de
recevoir sa déclaration comme moyen de preuve et de le condamner sur le
fondement de cette preuve est constitutive d’une violation des articles 5 et
7 de la Charte et 7 du PIDCP. À titre d’illustration, il invoque la jurisprudence
du Comité des droits de l’homme et celle d’autres tribunaux59 ainsi que les
Principes et lignes directrices sur le droit à un procès équitable et à
l’assistance judiciaire en Afrique.
124. Le second Requérant affirme qu’au cours de « la procédure incidente »
devant le juge président, il a témoigné sur la torture qu’il a subie et que son
témoignage a été corroboré par l’officier de police judiciaire qui avait
enregistré sa déclaration extrajudiciaire. Il affirme qu’en dépit de la preuve
prima facie attestant que la déclaration n’avait pas été enregistrée de plein
gré, le juge l’a tout de même admise comme preuve. Il estime que dans son
cas, il existe des preuves accablantes des agressions physiques et des
pressions psychologiques exercées pour lui extorquer une déclaration
incriminante. Il ne fait donc aucun doute, selon lui, que l’État défendeur a
violé les obligations qui lui incombent en vertu des articles 5 et 7 de la
Charte, et 6, 7 et 14 du PIDCP.
*
125. L’État défendeur soutient que les Requérants ont été condamnés sur la
base de preuves qui ont permis d’asseoir leur culpabilité au-delà de tout
doute raisonnable.
***
59
Cabrera-Garcia et Montiel Flores c. Mexique, exception préliminaire, fond, réparations et frais de
procédure, arrêt, CIADH (ser. C) n° 220, § 166 (26 nov. 2010)) ; Singarasa c. Sri Lanka, l’arrêt de la
CEDH dans l’affaire Saman c. Turquie est instructif à cet égard. Les arrêts Saman et Singarasa
soulignent le caractère peu fiable des aveux obtenus sous la contrainte, que ce soit par la torture ou par
d’autres formes de manipulation ou d’exploitation.
39