La requérante fait valoir que la violation alléguée découle du fait qu’à ce jour aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre de quiconque depuis le décès tragique de son mari et que par conséquent elle n’a pas été en mesure de défendre son droit de réclamer une indemnisation à titre de réparation du préjudice subi. Elle ajoute qu’au-delà de la réparation civile à laquelle elle peut prétendre, elle considère qu’elle est privée de son droit légitime à participer à la recherche de la vérité sur les circonstances de la mort de son mari et à dénoncer un crime que les autorités de son pays ne semblent pas vouloir poursuivre, ce qui constitue de son point de vue une violation de son droit de faire entendre sa cause devant une juridiction. Malgré les nombreuses démarches entreprises tant au niveau national qu’international, aucune enquête n’a été diligentée pour tenter d’identifier les auteurs de l’assassinat et les traduire en justice. La demanderesse requiert par conséquent que ces violations soient constatées à l’encontre de l’Etat défendeur et que l’ouverture d’une enquête ainsi que la tenue d’un procès soient ordonnées. Elle sollicite par ailleurs le paiement de la somme de cinq (5) milliards de FCFA à titre de réparation. Pour sa part, l’Etat défendeur conteste les prétentions de Mme Nazareth Gomes de Pina en avançant d’abord que les autorités de l’Etat ont entrepris des démarches tendant à élucider les conditions de la disparition du président Vieira, et que dans le cadre de cette vaste enquête, des personnalités ont même déjà été entendues. Si à ce jour ces investigations n’ont pas connu leur épilogue, c’est en raison, estime le défendeur, de la situation politique et institutionnelle instable que connaît le pays. Un retard éventuellement relevé ne saurait donc être rattaché à un quelconque manque de volonté des autorités nationales. En deuxième lieu, la République de Guinée Bissau soutient que la requérante est dépourvue de la qualité à agir, sachant qu’elle « n’est pas l’épouse officielle du défunt président Joao Bernardo Vieira ». Elle ajoute qu’aux termes de la loi nationale bissau-guinéenne, un homme ne peut se marier officiellement à plus d’une femme, que tout « mariage » autre que celui qui est admis ne saurait être regardé comme valide. L’Etat demandeur avance ainsi que sa législation nationale ne reconnait pas la polygamie et soutient que le Président Vieira a été officiellement marié à la Dame Isabel Romano Vieira avec qui il a eu plusieurs enfants avant d’indiquer que celle-ci était même présente à ses côtés dans sa résidence quand il a été assassiné. En troisième point, l’Etat de Guinée Bissau fait valoir que « c’est seulement dans le cas où la procédure pénale n’est pas engagée dans l’Etat membre que la victime peut saisir les instances judiciaires de la sous-région (…). La victime est obligée d’épuiser toutes les voies de recours internes de l’Etat membre avant d’avoir qualité de saisir la Cour de justice de la CEDEAO ». 4

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