Résumé des faits

1. Le 14 avril 2003, le Secrétariat de la Commission africaine a reçu une communication introduite par Article 19 à l’encontre de l’Etat d’Erythrée, Etat partie à la Charte africaine.
2. Article 19 expose qu’il est particulièrement soucieux de la poursuite de la détention au secret sans procès, d’au moins 18 journalistes et d’autres encore en Erythrée, depuis septembre 2001.
3. Les 18 journalistes qui seraient détenus au secret sont ceux dont les noms suivent:
  1. Zemenfes Haile, fondateur et directeur de l’hebdomadaire privé Tsigenay ;
  2. Ghebrehiwet Keleta, rédacteur en chef de Tsigenay ;
  3. Selamyinghes Beyene, reporter à l’hebdomadaire MeQaleh ;
  4. Binyam Haile de Haddas Erythrée ;
  5. Yosef Mohamed Ali, rédacteur en chef de Tsigenay ;
  6. Seyoum Tsehaye, rédacteur et photographe free-lance et ancien directeur de la télévision d’Etat Eritrean State Television (EriTV) ;
  7. Temesgen Gebreyesus, reporter au Keste Debena ;
  8. Mattewos Habteab, rédacteur à MeQaleh ;
  9. Dawit Habtemicheal, rédacteur en chef adjoint, MeQaleh ;
  10. Medhanie Haile, rédacteur en chef adjoint, Keste Debena ;
  11. Fessahye Yohannes (ou Joshua) rédacteur en chef de Setit ;
  12. Said Abdulkadir, rédacteur en chef d’Admas ;
  13. Amanuel Asrat, rédacteur en chef de Zemen ;
  14. Dawit Isaac, collaborateur à Setit ;
  15. Hamid Mohammed Said, EriTV ;
  16. Saleh Aljezeeri, Eritrean State Radio ;
  17. Simret Seyoum, rédacteur et directeur général à Setit.
4. Le Plaignant allègue qu’en août 2001, une douzaine de hauts fonctionnaires et les autres membres de l’élite au pouvoir, connue sous l’appellation de G15, ont signé une lettre ouverte critiquant le gouvernement du Président Isaias Afewerki. Cette lettre aurait prétendument engendré une crise politique qui aurait suscité des défections, des démissions, la destitution de hauts fonctionnaires, l’emprisonnement des opposants et de journalistes et l’annulation des élections générales qui devaient avoir lieu au mois de décembre 2001.
5. Le Plaignant allègue également que le 18 et le 19 septembre 2001, 11 anciens fonctionnaires du gouvernement érythréen, parmi lesquels l’ancien Vice-président Mahmoud Sheriffo et l’ancien Ministre des Affaires étrangères Petros Solomon, ont été arrêtés à Asmara.
6. En outre, le 18 septembre 2001, le gouvernement érythréen a interdit l’ensemble de la presse privée comprenant les journaux suivants: MeQaleh, Setit, Tsiganay, Zemen, Wintana, Admas, Keste Debena et Mana. Subséquemment, de nombreux journalistes ont été arrêtés et gardés en détention, parmi lesquels les 18 journalistes actuellement gardés au secret. Les raisons invoquées par le gouvernement pour justifier ces actions allaient de la menace pour la sécurité nationale au manque de respect des conditions requises d’autorisation.
7. Le Plaignant affirme que Haddas Erythrée, quotidien d’Etat, est la seule publication autorisée dans le pays.
8. Selon le Plaignant, le 4 octobre 2002, des lettres d’appel ont été adressées au Président érythréen et au Président de la Commission africaine, les pressant de procéder à la libération inconditionnelle ou à un procès équitable des détenus. Le 12 novembre 2002, le Plaignant a adressé une lettre au gouvernement demandant des informations sur les détenus et la permission de se rendre dans le pays pour rendre visite aux détenus. Article 19 soutient que toutes les demandes adressées au gouvernement sont restées lettre morte.

La plainte

9. Article 19 allègue de violations des articles suivants de la Charte africaine: articles articles 1, 3, 5, 6, 7, 9, 13, 18 et 26 de la Charte africaine

La procédure

10. Par une lettre datée du 21 avril 2003, le Secrétariat de la Commission africaine a accusé réception de la communication et a informé le Plaignant que l’affaire avait été programmée pour être soumise à la considération de la 33ème Session ordinaire de la Commission africaine.
11. Lors de sa 33ème Session ordinaire tenue du 15 au 29 mai 2003, à Niamey, au Niger, la Commission africaine a considéré la communication et a décidé d’être saisie de l’affaire.
12. Le 10 juin 2003, le Secrétariat a écrit pour informer les parties à la communication que la Commission africaine avait été saisie de l’affaire et leur demandait de transmettre leurs conclusions sur la recevabilité dans un délai de 3 mois.
13. Le 27 août 2003, le Secrétariat a reçu une Note Verbale de l’Etat Défendeur demandant à la Commission africaine de conseiller à Article 19 d’épuiser toutes les voies de recours érythréennes.
14. Le 10 septembre 2003, Article 19 a transmis par fax ses conclusions sur la recevabilité.
15. Le 15 septembre 2003, le Secrétariat de la Commission africaine a accusé réception de la Note Verbale de l’Etat Défendeur et des conclusions du Plaignant. Le Secrétariat de la Commission africaine a, en outre, conseillé à l’Etat Défendeur de transmettre les arguments à l’appui de son assertion selon laquelle le Plaignant n’aurait pas épuisé les voies de recours érythréennes. Il a également été rappelé à Article 19 de transmettre une copie du Décret interdisant l’ensemble de la presse privée.
16. Lors de sa 34ème Session ordinaire tenue du 6 au 20 novembre 2003 à Banjul, en Gambie, la Commission africaine a examiné la communication et a décidé d’accorder une nouvelle considération à la recevabilité de l’affaire à l’occasion de sa 35ème Session ordinaire.
17. Le 4 décembre 2003, le Secrétariat de la Commission africaine a écrit pour informer les parties de la décision de la Commission africaine. L’Etat Défendeur a reçu une autre copie des conclusions écrites du Plaignant sur la recevabilité et il lui a été encore rappelé de transmettre ses conclusions sur la recevabilité dans un délai de 2 mois.
18. Le 23 février 2004, le Secrétariat de la Commission africaine a reçu les conclusions de l’Etat Défendeur sur la recevabilité. Le Secrétariat a accusé réception desdites conclusions et en a transmis copie au Plaignant le 3 mars 2004.
19. Le 17 mars 2004, le Secrétariat a reçu les conclusions du Plaignant en réponse à celles de l’Etat d’Erythrée. Le Secrétariat de la Commission africaine a accusé réception desdites conclusions et en a transmis copie à l’Etat Défendeur le 18 mars 2004.
20. Lors de sa 35ème Session ordinaire tenue du 21 mai au 4 juin 2004 à Banjul, en Gambie, la Commission africaine a examiné la communication et a décidé d’accorder une nouvelle considération à la recevabilité de l’affaire à l’occasion de sa 36ème Session ordinaire, dans l’attente d’informations de la part du Plaignant sur les mesures concrètement prises pour avoir accès aux voies de recours en Erythrée. Les parties à la communication ont été informées en conséquence
21. Par Note Verbale et par lettre en date du 15 juin 2004, le Secrétariat a écrit pour informer les parties à la communication de sa décision.
22. Par lettre en date du 15 septembre 2004, le Secrétariat de la Commission africaine a rappelé au Plaignant de lui envoyer l’information requise par la Commission africaine lors de la 35ème Session ordinaire.
23. Lors de sa 36ème Session ordinaire tenue à Dakar, Sénégal, du 23 novembre au 7 décembre 2004, la Commission africaine a examiné la communication et l’a déclarée recevable.
24. Par Note Verbale du 13 décembre 2004 et par lettre portant la même date, le Secrétariat de la Commission africaine a notifié les parties de la décision de la Commission africaine et les a invités à soumettre leur observations sur le fond de la communication dans les trois mois qui suivent la notification.
25. Par Note Verbale en date du 27 janvier 2005, l’ Etat d’Erythrée a écrit au Secrétariat de la Commission africaine pour demander que la Commission africaine déclare irrecevable la communication au motif que: l’un des sujets de la communication a déjà été traité dans une autre communication et qu’elle constituerait par conséquent un double préjudice et que le Plaignant n’a comparu devant la Commission africaine qu’une seule fois, en dépit des demandes répétées de « faire comparaître et d’interroger le Plaignant – un droit reconnu par la loi qui leur a été dénié » … par la Commission africaine.
26. Par Note Verbale du 23 février 2005, le Secrétariat de la Commission a accusé réception de la Note verbale de l’Etat Défendeur et a informé ce dernier que sa demande sera introduite auprès de la Commission africaine pour examen lors de la 37ème Session ordinaire.
27. Par lettre en date du 24 février 2005, le Secrétariat de la Commission a informé le Plaignant que l’Etat Défendeur avait demandé la révision de la décision de la Commission africaine sur la communication et de la déclarer irrecevable.
28. Par lettre en date du 30 mars 2005, le Plaignant a accusé réception de la lettre du Secrétariat datée du 24 février 2005. Le Plaignant a indiqué être persuadé que la Commission a examiné la communication de manière approfondie avant de prendre la décision sur la recevabilité et a par conséquent exhorté la Commission africaine à examiner la communication quant au fond.
29. Par lettre du 5 avril 2005, le Secrétariat de la Commission africaine a accusée réception de la lettre du Plaignant datée du 30 mars 2005 et lui a demandé de soumettre ses observations sur le fond ou de confirmer si les arguments contenus dans sa plainte étaient suffisants.
30. Par lettre du 13 avril 2005, le Plaignant a accusée réception de la lettre du Secrétariat en date du 5 avril 2005 et a indiqué que dans ses observations précédentes, il a traité du fond de la communication, mais qu’il était prêt a faire une présentation orale sur l’affaire.
31. Par lettre du 13 avril 2005, le Secrétariat a accusée réception de la lettre du Plaignant et l’a informée que la communication sera examinée à la 37ème Session ordinaire de la Commission africaine.
32. Lors de sa 37ème Session ordinaire tenue à Banjul, Gambie, la Commission africaine a renvoyé l’examen de la communication du fait de l’absence du Rapporteur de la communication.
33. Par Note Verbale du 10 juin 2005, l’Etat Défendeur et le Plaignant ont été respectivement informés de la décision de la Commission.
34. À sa 38ème Session ordinaire tenue du 21 novembre au 5 décembre 2005 à Banjul, Gambie, la Commission africaine a examiné la requête de l’Etat Défendeur selon laquelle la communication devra être déclarée irrecevable, mais elle a décidé de confirmer sa décision sur la recevabilité.
35. Par Note verbale et une lettre en date du 15 décembre 2005, l’Etat Défendeur et le Plaignant ont été respectivement informés de la décision de la Commission africaine et il leur a été demandé de soumettre leurs observations sur le fond de la communication.
36. Le 6 mars 2006, le Secrétariat de la Commission africaine a écrit aux parties pour leur rappeler de soumettre leurs observations sur le fond avant la fin du mois de mars 2006.
37. Par courrier électronique en date du 3 mai 2006, le Plaignant a soumis à nouveau ses observations sur le fond de la communication qui ont été immédiatement communiquées à l’Etat Défendeur pour ses observations.
38. Par Note verbale en date du 19 mai 2006, l’Etat Défendeur a soumis ses observations sur le fond de la communication.
39. Lors de sa 39ème Session ordinaire tenue du 11 au 25 mai 2006, la Commission africaine a décidé de renvoyer l’examen du fond de l’affaire à sa 40ème Session ordinaire pour permettre au Secrétariat d’examiner les arguments des parties et d’émettre un avis sur le fond.
40. Par Note Verbale et par lettre datées du 31 mai 2006, la décision de la Commission a été notifiée à l’Etat Défendeur et au Plaignant respectivement.
41. Par lettre datée du 17 octobre 2006 et par Note Verbale du 18 octobre 2006, il a été rappelé au Plaignant et à l’Etat Défendeur respectivement que la Commission africaine examinerait le fond de la communication lors de sa 40ème Session ordinaire.
42. Par Note verbale et lettre datées du 10 février 2007, l’Etat Défendeur et le Plaignant ont été notifiés respectivement que la Commission africaine avait reporté l’examen de la communication, étant donné qu’elle ne pouvait pas l’examiner à sa 40ème Session ordinaire par manque de temps. Le Plaignant comme l’Etat Défendeur ont été informé que la communication serait examinée à la 41ème Session ordinaire de la Commission africaine.

Du droit

La recevabilité

43. La présente communication est soumise en vertu de l’article 55 de la Charte africaine qui autorise la Commission africaine à recevoir et à considérer des communications, autres que celles émanant des Etats parties. L’article 56 de la Charte africaine dispose que la recevabilité d’une communication soumise en vertu de l’article 55 est assujettie à sept conditions.1 La Commission africaine a insisté sur le fait que les conditions énoncées à l’article 56 sont conjonctives, ce qui signifie que, en l’absence de l’une d’entre elles, la communication est déclarée irrecevable.2
44. Les parties à la présente communication semblent convenir que six des conditions énoncées à l’article 56 ont été réunies. Elles sont néanmoins en désaccord sur l’application de l’une de ces conditions : l’article 56(5), qui dispose que les communications relatives aux droits de l’homme et des peuples auxquels il est fait référence à l’article 55, reçues par la Commission africaine devraient être prises en considération si elles “sont envoyées après épuisement des voies de recours locales, s’il en existe, a moins qu’il ne soit manifeste que cette procédure est indûment prolongée ”.
45. L’épuisement des voies de recours locales est un principe de droit international permettant aux Etats de résoudre leurs problèmes internes conformément à leurs propres procédures constitutionnelles avant que ne soient invoqués les mécanismes internationaux reconnus. L’Etat concerné peut donc avoir une opportunité de réparer le tort causé dans le cadre de son propre ordre juridique. Il s’agit d’une règle bien établie de droit international qui veut, qu’avant l’instauration de procédures internationales, les diverses voies de recours offertes par l’Etat soient épuisées.
46. Selon des communications de la Commission africaine, pour que les voies de recours locales soient épuisées, elles doivent être accessibles, effectives et suffisantes. Dans ses communications n° 147/95-149/96, la Commission africaine considérait qu’un recours est considéré comme accessible si le Plaignant peut l’exercer sans entrave, qu’il est réputé effectif s’il offre une perspective de succès et jugé suffisant s’il peut réparer le tort.3
47. Ainsi, aux termes de l’article 56(5), la loi sur l’épuisement des voies de recours locales présuppose :
  • l’existence de procédures érythréenes ayant trait à la plainte ;
  • la justiciabilité ou autrement au niveau érythréen, de l’objet de la plainte;
  • l’existence aux termes de l’ordre juridique interne de dispositions relatives à la réparation du type de tort faisant l’objet de la plainte et;
  • des voies de recours locales accessibles et effectives, à savoir : des recours suffisants ou capables de réparer le tort faisant l’objet de la plainte.
48. La seconde partie de l’article 56.5, objet de la contestation entre les parties, dispose qu’une communication sera prise en considération si elle est adressée après épuisement des voies de recours locales “…s’il en existe, à moins qu’il ne soit manifeste que cette procédure est indûment prolongée ”. Il en découle donc que la règle des voies de recours locales n’est pas rigide. Elle ne s’applique pas si :
  1. Les voies de recours locales sont inexistantes ;
  2. les voies de recours locales sont indûment et irraisonnablement prolongées ;
  3. le recours aux voies de recours locales est rendu impossible ;
  4. au vu de la plainte, il n’y a pas de justice ou il n’y à aucun recours local à épuiser, par exemple, lorsque le pouvoir judiciaire est sous le contrôle de l’organe exécutif responsable de l’action illégale ;
  5. le tort est dû à un décret du gouvernement, à l’évidence non soumis, en tant que tel, à la juridiction des tribunaux nationaux.


Questions soumises à la Commission africaine

49. Comme nous l’avons vu ci-dessus, les parties au présent cas sont en conflit sur la question de l’épuisement des voies de recours en Erythrée et il incombe en conséquence à la Commission africaine de résoudre cette question.
50. D’une part, l’Etat soutient que la condition stipulée à l’article 56.5 n’a pas été remplie par le Plaignant et qu’aucune des exceptions ci-dessus mentionnées ne devrait donc s’appliquer. D’autre part, le Plaignant allègue que la règle d’exception de l’article 56.5 devrait être appliquée.
51. Chaque fois qu’un Etat allègue le non épuisement des voies de recours nationales par un Plaignant, il lui incombe la charge de prouver que les recours qui n’ont pas été épuisés sont accessibles, effectifs et suffisants pour réparer la violation alléguée, à savoir : que ces recours dans le système juridique national permettent de traiter de la transgression d’un droit et sont effectifs. 4 Lorsque l’Etat y est parvenu, la charge de la responsabilité incombe alors au Plaignant qui doit prouver que les recours en question sont épuisés ou que l’exception prévue à l’article 56.5 de la Charte africaine est applicable.

Conclusions du Plaignant

52. Dans la présente communication, le Plaignant soutient que les voies de recours érythréennes ne sont pas accessibles et fait remarquer que le fait que les victimes soient détenues depuis plus de trois ans (depuis septembre 2001) au secret “est une manifestation du fait que l’administration de la justice en Erythrée est extrêmement anormale”.
53. Le Plaignant souligne en outre le fait que la Section 17 de la Constitution érythréenne prévoit des clauses de sauvegarde contre l’arrestation et la détention arbitraires des personnes et que le gouvernement érythréen a failli au respect de ces sauvegardes.5 Le Plaignant prétend que “le manquement délibéré du gouvernement à se conformer à sa propre obligation constitutionnelle démontre qu’il est sans espoir et impossible ou déraisonnable pour les détenus de saisir les tribunaux érythréens via l’habeas corpus”.
54. Le Plaignant soutient en outre qu’en Erythrée, le pouvoir exécutif du gouvernement interfère dans les affaires du pouvoir judiciaire, rendant ainsi suspecte l’indépendance et l’efficacité de ce dernier. Il cite la destitution du Président de la Cour suprême par le Président de la République lorsque celui-ci aurait demandé à l’Exécutif de ne pas interférer dans le Judiciaire. Le Plaignant a fait remarquer que
“si le Président de la Cour suprême pouvait être révoqué pour avoir simplement demandé à l’exécutif gouvernemental de ne pas interférer sur l’indépendance du judiciaire, qu’arriverait-il à un juge qui oserait ordonner la libération de détenus désignés comme étant des ‘traîtres’ et des ‘ennemis de l’Etat’ par la plus haute autorité, le Président?”
55. Le Plaignant fait en outre remarquer que les violations des droits de l’homme invoquées sont graves et lourdes et qu’en termes de jurisprudence de la Commission africaine, ces violations ne nécessitent pas l’épuisement des voies de recours locales.
56. Le Plaignant conclut en déclarant qu’en fait, il avait adressé un ordre d’habeas corpus au Ministre de la Justice réclamant que les victimes comparaissent devant le tribunal mais qu’il n’avait pas reçu de réponse du Ministre et qu’il avait demandé à rendre visite aux victimes mais que la permission ne lui avait pas été accordée par l’Etat Défendeur.

Observations de l’Etat

57. Dans ses observations, l’Etat Défendeur maintient qu’en Erythrée, le pouvoir judiciaire est indépendant et que le Plaignant aurait dû épuiser les voies de recours locales, directement ou à travers des représentants légaux. L’Etat Défendeur soutient avoir informé le Plaignant qu’il aurait dû prendre l’initiative de se rapprocher directement des tribunaux pour demander justice pour les détenus mais que le Plaignant n’a pris aucune initiative à cet égard.
58. L’Etat Défendeur plaide en outre le fait que les réclamations du Plaignant selon lesquelles il y aurait un “black-out d’informations” et le judiciaire érythréen manquerait d’indépendance sont infondées dans la mesure où elles ne sont pas étayées par des exemples concrets indiquant qu’il y ait eu interférence dans le travail effectif des juges dans la dispense de justice dans le pays. Eu égard au congédiement du Président de la Cour suprême, l’Etat Défendeur soutient qu’en Erythrée, c’est le Président qui nomme le Président de la Cour suprême et qu’il a donc le pouvoir de le destituer.6
59. L’article 52 de la Constitution érythréenne dispose de la destitution et de la suspension des juges. Le sous-article 1 prévoit qu’un juge ne peut être destitué avant l’expiration de la durée de ses fonctions que par le Président, agissant sur recommandation de la Commission des Services judiciaires (Judicial Service Commission), en vertu des dispositions du sous-article 2 de cet article pour incapacité physique ou mentale, violation de la loi ou du code judiciaire d’éthique. Le sous-article 2 dispose que la Commission des services judiciaires vérifiera si un juge devrait être ou non destitué aux motifs de ceux énumérés au sous-article 1 de cet article. Dans le cas où la Commission des services judiciaires décide qu’un juge devrait être destitué, elle en fera pla [sic] recommandation au Président. Et le sous-article 3 dispose que le Président pourra, sur recommandation de la Commission des services judiciaires, destituer un juge faisant l’objet d’une enquête. L’Etat n’a pas indiqué si ces sauvegardes de procédure avaient été suivies mais a simplement laissé entendre que le Président de la Cour suprême est nommé par le Président et peut être destitué par lui.
60. Dans ses conclusions verbales, lors de la 35ème Session ordinaire, le Représentant de l’Etat Défendeur a réitéré que les allégations du Plaignant étaient fausses et non fondées dans la mesure où elles avaient été formulées sans tentatives sérieuses de la part du Plaignant de vérifier les faits avant de porter l’affaire devant la Commission africaine. En outre, le Plaignant ne s’était pas présenté lui-même devant les tribunaux érythréens et, à ce titre, il incombait au Plaignant de trouver les voies et moyens d’utiliser les tribunaux érythréens avant de porter l’affaire devant la Commission africaine. Il a rappelé à la Commission africaine que toutes les conditions de l’article 56 doivent être réunies pour qu’une affaire soit recevable et que si l’une quelconque de ces conditions n’est pas remplie, la communication doit être déclarée irrecevable.
61. Le Représentant de l’Etat Défendeur a informé la Commission africaine que les journalistes incarcérés avaient été arrêtés par la police et qu’ils étaient détenus par l’exécutif. Toutefois, à l’issue de l’enquête, une décision administrative avait été prise pour libérer deux des journalistes et que la décision concernant les autres journalistes incarcérés devait prochainement intervenir.
62. Il a concédé que les détenus au nom desquels la présente communication était introduite n’avaient pas comparu devant un tribunal en raison de la nature du système de justice pénale en Erythrée. Il a déclaré qu’en Erythrée, le système de justice pénale n’a pas la capacité institutionnelle de gérer promptement les cas et, à ce titre, il y avait une énorme accumulation de cas en attente dans tous les tribunaux du pays.
63. L’Etat Défendeur a, en outre, déclaré que, contrairement aux réclamations du Plaignant selon lesquelles il n’avait pas pu se rendre en Erythrée afin d’assister les victimes, toutes les personnes impliquées dans l’affaire relative aux journalistes détenus et aux détenus politiques étaient invitées à se rendre en Erythrée, y compris le Plaignant qui a choisi de ne pas se rendre dans le pays.

Décision de la Commission africaine sur la recevabilité

64. Pour déterminer la question de la recevabilité de la présente communication, la Commission africaine devra répondre, entre autres, aux questions suivantes :
  • Qui doit, aux termes de la Charte africaine, épuiser les voies de recours locales : l’auteur de la communication ou la victime des violations alléguées des droits de l’homme ?
  • La destitution d’un Président de la Cour suprême rend-elle les recours érythréens inaccessibles ou insuffisants ?
  • Le fait qu’un Etat manque au respect de ses propres lois rend-il les voies de recours érythréennes “sans espoir, impossibles et irraisonnables ?”
  • La communication révèle-t-elle de lourdes et graves violations des droits de l’homme et des peuples ?
  • La poursuite de la détention au secret des victimes rend-elle les recours érythréens inaccessibles, ineffectifs et insuffisants ?
65. La Charte africaine est claire eu égard à la partie devant épuiser les voies de recours locales. Elle indique, en son article 56(1) que les auteurs de la communication doivent indiquer leur identité, même s’ils sollicitent l’anonymat. Cela présuppose que les voies de recours locales doivent être épuisés par les auteurs. Dans sa considération des communications, la Commission africaine a adopté une approche actio popularis par laquelle l’auteur d’une communication ne doit pas [sic] connaître la victime ni avoir de relation d’aucune sorte avec elle. Il s’agit de permettre aux victimes désavantagées de droits humains sur le continent [sic] de bénéficier de l’assistance d’ONG et de particuliers très éloignés de l’endroit où elles vivent. L’auteur doit simplement se conformer aux conditions de l’article 56. La Commission africaine a ainsi autorisé de nombreuses communications émanant d’auteurs agissant au nom de victimes de violations de droits humains. Ainsi, agissant pour le compte de ces victimes, il incombe à l’auteur d’une communication de prendre des mesures concrètes pour se conformer aux dispositions de l’article 56 ou d’indiquer la raison pour laquelle il lui est impossible de le faire.
66. Eu égard à la destitution du Président de la Cour suprême, le Plaignant échoue à démontrer suffisamment dans quelle mesure cette destitution l’aurait empêché de pressentir les voies de recours en Erythrée ou de quelle manière elle aurait rendu ces recours érythréens “sans espoir, impossibles et irraisonnables ?” L’indépendance du judiciaire est un élément crucial de la règle de droit. L’article 1er des Principes des Nations Unies sur l’indépendance du judiciaire 7 indique que « l’indépendance du judiciaire sera garantie par l’Etat et inscrite dans la Constitution ou la loi du pays. Toutes les institutions, gouvernementales et autres, ont le devoir de respecter et d’observer l’indépendance du judiciaire. » Selon l’article 11 des mêmes principes « la durée de fonction des juges, leur indépendance, leur sécurité ...doivent être suffisamment garanties par la loi. » Et l’article 18 de disposer que « les juges seront passibles de suspension ou de destitution en raison d’incapacité ou de comportement les rendant inaptes à l’exercice de leurs fonctions.» L’article 30 des Normes minimales d’indépendance judiciaire8 de International Bar Association (IBA) garantit également que « un juge ne sera passible de destitution que si, en raison d’une action criminelle ou d’une faute de nature délictuelle ou répétée ou d’une incapacité physique ou mentale, il a manifestement démontré son inaptitude à remplir la fonction de juge » et l’article 1(b) d’énoncer que « l’indépendance personnelle signifie que les termes et conditions du service judiciaire sont suffisamment assurés pour garantir que les juges, à titre individuel, ne soient pas soumis au contrôle de l’exécutif. » L’article 52 (1) de la Constitution érythréenne comporte une disposition presque similaire.
67. La question, toutefois, est de savoir si la destitution du Président de la Cour suprême, de manière non conforme aux normes internationales, rend inaccessible et ineffectif le pouvoir judiciaire d’un Etat ? Le Plaignant émettait simplement des doutes sur l’effectivité des voies de recours en Erythrée. La Commission africaine estime qu’il incombe au Plaignant de prendre toutes les mesures nécessaires pour épuiser ou, du moins, tenter d’épuiser ces voies de recours. Il ne suffit pas au Plaignant de dénigrer l’aptitude des voies de recours de l’Etat en raison d’incidences isolées. A cet égard, la Commission africaine souhaiterait se référer à la décision du Comité des droits de l’homme dans le cas A c. l’Australie9 dans laquelle le Comité a considéré que “de simples doutes sur l’efficacité des voies de recours nationales ou sur la perspective des coûts financiers impliqués n’absolvait pas l’auteur de rechercher ces voies de recours ”.10 La Commission africaine peut donc ne pas déclarer la communication recevable sur la base de cet argument.
68. Au regard de l’argument du Plaignant selon lequel le gouvernement n’aurait pas respecté ses propres obligations constitutionnelles aux termes de l’article 17 de la constitution erythréenne, la Commission africaine est d’avis que l’essence même de l’occurrence de violations de droits de l’homme est due au fait que les gouvernements ne respectent leurs obligations ni érythréennes ni internationales. Lorsque cela se produit, les personnes dont les droits ont été ou sont susceptibles d’être violés saisissent les tribunaux nationaux pour invoquer leurs droits pour convaincre les gouvernements à respecter ces obligations. La Constitution érythréenne offre de nombreuses sauvegardes par rapport aux personnes arrêtées et détenues sans accusation ni procès. Outre les sous-articles 1, 3 et 4 de l’article 17, le sous-article 5 du même article est très instructif. Il dispose que “toute personne aura le droit de réclamer au tribunal un ordre d’habeas corpus. Lorsque l’auteur de l’arrestation ne le fait pas comparaître devant le tribunal et ne fournit pas la raison de l’arrestation, le tribunal doit accepter la demande et ordonner la libération du prisonnier ”.
69. Donc, dans le cas en instance, le Plaignant aurait pu, à tout le moins, avoir saisi un tribunal érythréen pour un ordre d’habeas corpus pour attirer l’attention du tribunal sur la disposition constitutionnelle qui aurait, selon lui, été violée par le gouvernement. Les avocats cherchent souvent la libération de détenus en introduisant une demande d’ordre d’habeas corpus. Un ordre d’habeas corpus est un mandat judiciaire à l’auteur d’une arrestation lui ordonnant de faire comparaître un détenu devant le tribunal pour déterminer si cette personne est légalement emprisonnée et si elle devrait ou non être libérée de sa détention. Une demande d’habeas corpus est une demande adressée au tribunal par une personne qui s’élève contre sa propre détention ou son propre emprisonnement ou ceux d’un tiers. L’ordre d’habeas corpus a été décrit comme étant « l’instrument fondamental de sauvegarde de la liberté individuelle contre une action arbitraire ou illégale d’un Etat. »11 Il sert à contrôler efficacement la manière dont les tribunaux respectent les droits constitutionnels.
70. Dans ses conclusions, le Plaignant reconnaît avoir adressé un ordre d’habeas corpus au Ministre de la justice. La Commission africaine est d’avis que, même si elle attendait du Ministre qu’il conseille le Plaignant sur la procédure appropriée à suivre, son manquement à le faire ne constitue pas une violation de la loi. Le Ministère de la justice est la même entité du gouvernement qui a failli à “se conformer à ses propres obligations constitutionnelles…” et seuls les tribunaux sont habilités à lui ordonner de le faire. En adressant l’ordre au Ministre de la justice, le Plaignant ne peut prétendre avoir tenté d’épuiser les voies de recours érythréennes dans la mesure où l’article 56(5) exige l’épuisement des voies de recours légaux et non pas de recours administratifs.
71. Eu égard à l’argument selon lequel la communication révèle de graves et lourdes violations des droits de l’homme, la Commission africaine souhaiterait réitérer ses décisions antérieures des communications n° 16/8812, 25/89-47/90-56/91-100/9313 et 27/89, 46/91, 49/91, 99/9314 selon lesquelles
[…] elle ne peut considérer que l’exigence d’épuisement des voies de recours nationales s’applique littéralement dans les cas où il est impossible ou non souhaitable que le Plaignant saisisse les tribunaux locaux pour chaque plainte individuelle comme c’est le cas lorsqu’il s’agit d’un grand nombre de victimes. En raison de la gravité de la situation des droits de l’homme et du nombre important de personnes impliquées, ces recours, tels qu’ils pourraient théoriquement en exister auprès des tribunaux erythréens, sont dans les faits pratiquement inaccessibles …”
72. Toutefois, eu égard à la poursuite de la détention au secret des détenus, la Commission africaine souhaiterait faire remarquer la reconnaissance par la partie Etat que les victimes sont toujours maintenues en détention à cause de la piètre situation du système de justice pénale dans le pays. Eu égard à cet argument de la partie Etat, la Commission africaine fait remarquer qu’à chaque fois qu’un crime peut faire l’objet d’investigations et de poursuites par l’Etat, sur sa propre initiative, l’Etat a l’obligation de faire avancer le processus pénal jusqu’à son ultime conclusion. Dans de tels cas, on ne peut exiger du Plaignant, des victimes ou des membres de leur famille qu’ils assument la tâche d’épuiser les voies de recours nationales lorsqu’il incombe à l’Etat d’enquêter sur les faits et de faire comparaître les personnes accusées devant le tribunal, conformément aux normes de procès équitables tant érythréennes qu’internationales.
73. La Commission africaine souhaiterait également faire remarquer que la partie Etat a généralement réfuté les plaintes alléguées et a insisté sur le fait qu’il existe des voies de recours en Erythrée et que le Plaignant ne s’est pas efforcé à les épuiser. La Commission africaine fait toutefois remarquer que la partie Etat s’est contentée d’énumérer in abstracto l’existence de voies de recours sans les lier aux circonstances du cas et sans démontrer de quelle manière elles pourraient permettre une réparation effective des circonstances de ce cas.15
74. En conséquence, dans la communication en instance, le fait que le Plaignant n’ait pas suffisamment démontré avoir épuisé les voies de recours erythréennes ne signifie pas que ces voies de recours soient accessibles, effectives et suffisantes. La Commission africaine peut arriver à des déductions à partir des circonstances entourant le cas et déterminer si ces recours sont en fait accessibles et s’ils le sont, s’ils sont effectifs et suffisants.
75. L’invocation de l’exception à la règle voulant que les voies de recours, aux termes de la législation érythréenne, soient épuisées, comme prévu à l’article 56(5), doit invariablement être liée à la détermination de possibles violations de certains droits inscrits dans la Charte africaine, tel que le droit à un procès équitable inscrit à l’article 7 de la Charte africaine.16 L’exception à la règle de l’épuisement des voies de recours érythréennes s’appliquerait donc lorsque la situation de l’Etat ne permet pas la sauvegarde de la liberté individuelle (due process of law) pour la protection du droit ou des droits qui auraient été prétendument violés. Cela semble être le cas dans la présente communication.
76. Le fait de garder des victimes au secret depuis plus de trois ans démontre une violation, de prime abord, fondée des clauses de sauvegarde de la liberté individuelle et, en particulier, de l’article 7 de la Charte africaine. Le fait de n’avoir pris aucune mesure de réparation de cette situation plus de douze mois après la saisie de la communication par la Commission africaine démontre que l’Etat a également failli à démontrer l’accessibilité et l’effectivité des voies de recours érythréennes.
77. La Commission africaine est également d’avis que l’Etat a eu suffisamment de temps et a été suffisamment informé pour, au moins, inculper les détenus et leur accorder l’accès à des représentants légaux. Autre raisonnement lié à la condition requise d’épuisement : celui selon lequel un gouvernement devrait être notifié d’une violation des droits humains pour avoir l’opportunité de remédier à cette violation avant d’être cité à comparaître pour rendre compte devant un tribunal international. Toutefois, s’il est démontré que l’Etat a été amplement informé et qu’il a eu suffisamment de temps pour remédier à la situation, même en dehors du contexte des recours locaux de l’Etat, comme c’est le cas pour la présente communication, l’Etat sera toujours réputé avoir été dûment informé et il aurait dû prendre les mesures appropriées pour remédier à la violation alléguée. Le fait que l’Etat érythréen n’ait pris aucune mesure signifie que les voies de recours en Erythrée sont soit inaccessibles, soit, si elles le sont, qu’elles ne sont ni effectives ni suffisantes pour réparer les violations alléguées.
78. A cet égard, la Commission africaine souhaiterait se référer à sa décision de la Communication 18/8817 portant sur la détention et la torture du Plaignant pendant plus de sept ans sans inculpation ni procès, les privations alimentaires pendant de longues périodes, le blocage de son compte bancaire et l’utilisation de son argent sans sa permission. La Commission africaine a considéré que, dans de telles circonstances, il est clair que l’Etat a été amplement informé de ces violations et aurait dû prendre des mesures pour y remédier. La Commission africaine souhaiterait également réitérer sa position prise dans la communication 250/200218. Dans cette communication, la Commission africaine était d’avis que la situation, telle que présentée par l’Etat Défendeur, ne permettait pas la sauvegarde ni la protection des droits présumés avoir été violés ; les détenus se sont vus interdire l’accès aux voies de recours aux termes de la législation nationale et ont donc été empêchés de les épuiser. En outre, on les a fait comparaître avec un retard injustifié.
79. La situation, telle que présentée par l’Etat Défendeur, ne permettait pas la sauvegarde ni la protection des droits présumés avoir été violés ; les détenus se sont vus interdire l’accès aux voies de recours aux termes de la législation nationale et ont donc été empêchés de les épuiser. En outre, on les a fait comparaître avec un retard injustifié.
80. Dans le cas Albert Mukong, le Comité des droits de l’homme a considéré que “un Etat partie à la Convention, indépendamment de son niveau de développement, doit répondre à certaines normes minimales concernant les conditions de détention”.19 Ce raisonnement du Comité des droits de l’homme peut également inclure le fait qu’un Etat partie à la Charte africaine, indépendamment de son niveau de développement, doit répondre à certaines normes minimales concernant l’équité des procès ou les clauses de sauvegarde de la liberté individuelle ”. Le Comité a conclu que « l’objectif légitime de sauvegarder et, en fait, de renforcer l’unité nationale dans des circonstances politiques difficiles ne peut être atteint en tentant de museler … les principes démocratiques et les droits de l’homme ».20
81. La poursuite de la détention au secret des victimes sans inculpation les prive de toute représentation légale et rend difficile pour le Plaignant ou toute autre personne soucieuse de leur prêter assistance à partir de quelque voie de recours accessible que ce soit. Laisser les détenus languir indéfiniment en détention à cause de l’insuffisance du système de justice pénale de l’Etat ou parce que personne n’a accès aux tribunaux érythréens en leur nom serait d’une injustice voire d’un manque d’équité choquants.
82. En l’absence de mesures concrètes de la part de l’Etat pour faire comparaître les victimes devant un tribunal ou pour leur permettre d’avoir accès à leurs représentants légaux trois ans après leur arrestation et leur détention et plus d’un an après avoir été saisie de la question, la Commission africaine, en toute conviction, conclut que les voies de recours érythréennes, même si elles sont accessibles, ne sont ni effectives ni suffisantes.

Pour cette raison, la Commission africaine déclare la communication recevable.

Décision de la Commission africaine à la lumière de la requête de l’Etat Défendeur de déclarer la communication irrecevable.

83. La présente communication a été déclarée recevable à la 36ème Session ordinaire de la Commission africaine tenue à Dakar, Sénégal, du 23 novembre au 7 décembre 2004. En réponse à la demande de la Commission africaine pour qu’il soumette ses observations écrites sur le fonds de l’affaire, l’Etat Défendeur a envoyé une note verbale datée du 27 janvier 2005 demandant à la Commission africaine de déclarer la communication irrecevable. Les raisons de l’Etat Défendeur étaient les suivantes :
  • L’un des 18 journalistes concernés par l’affaire ont fait l’objet d’une autre communication – communication 250/2002 : Zegveld & Ephrem/Erythrée que la Commission a déjà traité. L’Etat Défendeur soutient par conséquent que le fait de traiter avec cette personne dans cette affaire constitue un double préjudice.
  • Le Plaignant n’a comparu qu’une seule fois devant la Commission africaine, en dépit des demandes répétées de « comparaître devant la Commission africaine et d’être interrogé par cette dernière – un droit par la loi qui lui a été dénié » … par la Commission africaine.
84. En traitant la requête de l’Etat Défendeur selon laquelle la communication doit être déclarée irrecevable, la Commission africaine a noté que l’article 18(2) du Règlement intérieur de la Commission africaine stipule que : Si la Commission a déclaré une communication irrecevable, elle peut reconsidérer cette décision à une date ultérieure si elle en reçoit la demande.
85. Il n’existe aucune disposition selon laquelle la Commission africaine peut déclarer une communication irrecevable après l’avoir déclarée recevable. Dans tous les cas, les victimes qui font l’objet de la communication sont encore en détention, gardés au secret par l’Etat Défendeur et sont par conséquent incapables d’accéder aux recours internes par eux-mêmes ou par le biais de leurs avocats. C’est pour ces motifs que la Commission africaine a décidé de ne pas déclarer la communication irrecevable et de l’examiner par conséquent sur le fond.

Décision sur le fond

86. La Commission africaine ne traitera d’aucune question déjà traitée dans la communication 250/2002.
87. L’Erythrée soutient que les actes allégués s’étaient déroulés « sur fond de guerre au moment où l’existence même de la nation était menacée », et que, par conséquent, le gouvernement était « obligé de prendre les mesures de précautions nécessaires (et allé même jusqu’à suspendre certains droits) ». Cependant, contrairement à d’autres instruments de défense des droits de l’homme21, et tel que souligné dans la communication 74/9[2]22 la Charte africaine ne permet pas que les Etats parties y portent atteinte en temps de guerre ou autre crise. Par conséquent, l’existence de guerre, qu’elle soit internationale ou civile, ou autre situation d’urgence au sein du territoire d’un état partie, ne peut être utilisée pour justifier la violation de n’importe quel droit énoncé dans la Charte, et les actions de l’Erythrée doivent être jugées selon les normes de la Charte sans tenir compte de n’importe quelle crise se déroulant dans l’Etat en ce moment.
88. Le Plaignant allègue et l’Erythrée ne nie pas que depuis septembre 2001, 11 dissidents politiques et 18 journalistes ont été détenus, sans contact avec l’extérieur et sans jugement. Le Plaignant a également déclaré et l’Etat Défendeur a reconnu que la presse privée était interdite depuis septembre 2001. Bien que l’Erythrée maintienne que cette interdiction était temporaire, il n’est pas clair, à partir de l’information disponible, qu’elle ait été levée ou à quel moment.
89. Par conséquent, les faits à l’origine du litige ne sont pas controversés. Cependant, les versions des parties varient selon le motif de détention des individus concernés et selon l’interdiction de la presse. Selon le Plaignant, les arrestations étaient dues au fait que les détenus avaient donné leur avis et s’etaient prononcés contre le gouvernement ; d’autre part, l’Etat Défendeur prétend que les 11 opposants politiques étaient arrêtés pour avoir violé les articles 259 (pour s’être attaqué à l’indépendance de l’Etat), 260 (la détérioration des pouvoirs de défense de l’état), et 261 (haute trahison) du Code pénal de transition de l’Erythrée. En ce qui concerne l’interdiction de la presse et la détention des 18 journalistes, l’Etat Défendeur prétend que ces choses se sont passées parce que « les journaux indiqués et les principaux éditeurs étaient recrutés dans le réseau illégal organisé dans le but de forcer le gouvernement à démissionner par des moyens illégaux et inconstitutionnels ».
90. Aussi, l’Erythrée soutient-il que ses actions étaient justifiées par les circonstances prévalant dans le territoire pendant la période en question, et de plus, autorisées au titre de sa législation interne. L’on a fait référence aux articles 6 et 9 de la Charte africaine dont les paragraphes stipulent respectivement que : Nul ne peut être privé de sa liberté sauf pour des motifs et dans des conditions préalablement déterminés par la loi ; et Toute personne a le droit d’exprimer et de diffuser ses opinions dans le cadre de la loi [C’est nous qui soulignons].
91. Ces dispositions de la Charte sont parfois désignées comme « des dispositions de récupération », parce que si « la loi » est interprétée pour signifier toute législation nationale, compte non tenu de son effet, les Etats parties à la Charte pourraient dénier les droits conférés aux individus par la Charte.
92. Cependant, la jurisprudence de la Commission a interprété les soi-disant dispositions de récupération comme une référence au droit international, ce qui signifie que seules les restrictions sur les droits conformes à la Charte et aux obligations internationales des Etats parties, doivent être promulguées par les autorités nationales compétentes23. Le caractère licite des actions de l’Erythrée doit donc être examiné par rapport à la Charte et aux autres normes du droit international, plutôt que par la référence à ses seules lois internes 24
93. Le Plaignant soutient que l’arrestation et la détention des journalistes constituent une violation des articles 6 and 7 de la Charte. L’article 6 prévoit que « nul ne peut être arrêté ou détenu arbitrairement ». Le concept de la détention arbitraire est celui sur lequel la Commission aussi bien que les autres organes internationaux des droits de l’homme ont déjà disserté. Dans l’Affaire Albert Mukong 25, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a indiqué que : « L’arbitraire » ne doit pas être assimilé à « contre la loi » mais être plutôt interprété plus largement pour inclure le caractère inopportun, l’injustice, l’absence de prévisibilité et de procédure établie … la détention préventive, conformément à l’arrestation légale ne doit pas seulement être légale, mais aussi raisonnable en toutes circonstances … la détention préventive doit également être nécessaire en toutes circonstances. Dans ce cas, l’on peut déduire qu’une arrestation ou détention peut être légale selon la lettre du droit interne, mais arbitraire et, par conséquent, illégale en raison de sa nature inopportune, injuste ou imprévisible.
94. Les détenus érythréens n’ont pas été inculpés ou traduits en justice. Ce fait en lui-même est arbitraire, tel qu’indiqué auparavant par la Commission. Dans la communication 10[2]/9326, la Commission soutient que : « là où des individus ont été détenus sans aucune inculpation … ce fait constitue une privation arbitraire de leur liberté et par conséquent, une violation de l’article 6 ».
95. Par ailleurs, la durée pour laquelle les détenus sont maintenus en détention préventive doit être examinée. Toutes les deux parties ont convenu que les arrestations ont eu lieu en septembre 2001. Les journalistes et les dissidents politiques sont encore en détention pour une période de plus de 5 ans.
96. L’article 7(1)(d) de la Charte prévoit que tous les individus doivent avoir : « le droit d’être jugés dans un délai raisonnable par une cour ou un tribunal impartial ». La Commission a examiné de manière approfondie cette disposition de sa Résolution sur le droit au recours et à un procès équitable, qui stipule : « les personnes arrêtées ou détenues doivent être aussitôt emmenées devant un juge ou un autre représentant de la loi dûment autorisé à exercer le pouvoir judiciaire, et ont le droit d’être jugés dans un délai raisonnable ou libérées » 27.
97. La question relative à ce qui est raisonnable ne peut pas être exprimée en terme de délai global qui s’applique à tous les cas, mais elle doit plutôt dépendre des circonstances. Cette approche a également été adoptée par la Cour européenne des droits de l’homme qui a soutenu que la durée raisonnable des procédures doit être évaluée conformément aux circonstances d’une affaire. La Cour européenne étudiera, en particulier, la complexité de l’affaire, la conduite du Plaignant et des autorités compétentes.28
98. L’Erythrée soutient que le retard mis à traduire en justice ces détenus particuliers est dû à la complexité et à la gravité des infractions commises, et à la « situation de guerre précaire » qui prévaut au sein de l’Etat. Cependant, comme déjà indiqué, l’on ne doit pas oublier que les Etats parties ne peuvent pas déroger aux dispositions de la Charte en temps de guerre ou de toute autre situation d’urgence. Même si l’on suppose que la restriction imposée par la Charte sur la capacité à déroger aux dispositions va à l’encontre des principes internationaux, il existe certains droits tels que le droit à la vie, il existe certains [sic] comme le droit à un procès équitable et le droit d’être à l’abri de la torture et du traitement cruel, inhumain et dégradant auxquels l’on ne peut pas déroger pour une quelconque raison et dans toute circonstance.
99. L’existence de la guerre en Erythrée ne peut donc pas être utilisée pour justifier le grand retard à traduire en justice les détenus. En outre, une accumulation d’affaires attendant le jugement ne peut pas servir de prétexte pour des retards déraisonnables, comme l’a soutenu la Cour européenne des droits de l’homme29. Plus loin, concernant l’affaire Albert Mukong citée dessus, le Comité des droits de l’homme a indiqué que les Etats parties au PIRDCP doivent respecter certaines normes minimales concernant la condition de détention, indépendant de leur niveau de développement. La Commission estime que le même principe s’applique à la durée de détention avant le jugement, et que les Etats parties à la Charte ne peuvent pas se baser sur la situation politique au sein de leur territoire ou sur un grand nombre d’affaires en instance auprès des tribunaux pour justifier le retard excessif.
100. En outre, les détenus sont maintenus en détention sans contact avec l’extérieur et n’ont jamais été traduits devant un juge pour faire face aux inculpations. Dans ces circonstances, la Commission estime que l’Erythrée a violé les obligations de tenir les procès dans un délai raisonnable défini par l’article 7(1)(d). Ceci est en accord avec ses décisions antérieures, telles que celle relative à la Communication 102/9330 dans laquelle la Commission a déclaré que 3 ans de détention étaient inacceptables, et la Communication 103/9331 dans laquelle la Commission a déclaré que 7 ans de détention sans procès, « viole manifestement la condition de ‘délai raisonnable’ stipulé dans la Charte ».
101. Le fait que les détenus soient gardés au secret mérite également d’être examiné de plus près à la lumière du droit de droits de l’homme. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies a demandé32 que les Etats prennent des dispositions contre la détention sans contact avec l’extérieur, qui pourrait être considérée comme une violation de l’article 7 (la torture et les peines ou traitements cruels) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel l’Erythrée a adhéré. Par ailleurs, la Commission elle-même a indiqué que : « détenir un individu sans lui permettre d’avoir un contact avec sa famille et refuser d’informer sa famille du lieu de sa détention, constitue un traitement inhumain aussi bien du détenu que de sa famille » .33
102. L’Erythrée n’a pas nié l’assertion du Plaignant selon laquelle les détenus sont gardés au secret, sans aucun accès au service d’un avocat ou contact avec leurs familles, et comme l’a énoncé la Commission dans la plupart de ses décisions antérieures où les allégations ne sont pas contestées par l’Etat en question, la Commission peut prendre les faits tels que fournis par le Plaignant 34. La situation politique décrite par l’Erythrée ne justifie également pas ses actions, étant donné que l’article 5 ne permet aucune restriction ou limitation sur le droit d’être à l’abri de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Par conséquent, la Commission trouve que l’Erythrée a violé l’article 5 en maintenant en détention les journalistes et les dissidents politiques sans contact avec l’extérieur.
103. Conformément à ses décisions antérieures sur des cas similaires35, la Commission trouve également qu’un tel traitement est en fait une violation de article 18, étant donné qu’il constitue une violation des droits à la protection de la vie familiale, aussi bien des détenus que de leurs familles. Enfin, la Commission soutient qu’il y a eu une violation de l’article 7(1)(c) puisque les détenus n’ont pas été autorisés à avoir accès à un avocat, contrairement au droit d’être défendu par un avocat qui est garanti par cette disposition de la Charte.
104. La Commission porte maintenant son attention sur la question de savoir si oui ou non il y a eu violation des droits des détenus de s’exprimer et de diffuser leurs opinions, tel qu’allégué par le Plaignant. Les événements ayant mené à cette allégation sont l’interdiction de la presse privée par le gouvernement érythréen ainsi que l’arrestation et la détention de 18 journalistes. L’Etat Défendeur soutient que ces actions étaient justifiées par les activités des journalistes et des journaux en question qu’il considère comme ayant eu pour but de renverser le gouvernement. En outre, le gouvernement érythréen estime que ses actions ne constituaient pas une violation de la Charte, puisque l’article 9 ne protége que l’expression et la diffusion d’opinions dans les limites de la loi.
105. Comme expliqué ci-dessus, le fait de permettre aux Etats parties d’interpréter les dispositions de la Charte de sorte à pouvoir limiter ou même nier les lois internes, rendrait vaine la Charte. Toute loi nationale adoptée par le gouvernement érythréen et permettant une interdiction totale de la presse et l’emprisonnement des personnes dont les points de vue contredisent celles du gouvernement, est contraire aussi bien à l’esprit qu’à l’objet de l’article 9. La Commission réitère sa propre déclaration dans les communications 105/93, 128/94, 130/94 et 152/96 36:
Selon l’article 9(2) de la Charte, la diffusion d’opinions peut être limitée par la loi. Cela ne signifie pas que la loi nationale peut rejeter le droit d’exprimer et de diffuser ses propres opinions ; ce qui rendrait inefficace la protection du droit d’exprimer ses propres opinions. Permettre au droit interne d’avoir la préséance sur le droit international irait à l’encontre du [sic] recherché par les droits et libertés garantis par la Charte. Les normes internationales des droits de l’homme doivent toujours prévaloir sur le droit interne contradictoire. Toute restriction aux droits de la Charte doit être en conformité avec les dispositions de celle-ci.
106. En appliquant les normes du droit international en matière de droit de la personne, la Commission a trouvé auparavant et trouve encore dans le présent cas que l’emprisonnement des journalistes « prive non seulement les journalistes de leurs droits d’exprimer librement et de diffuser leurs opinions, mais également prive le public de son droit à l’information. Cette action est une violation des dispositions de l’article 9 de la Charte 37 ».
107. Par ailleurs, l’interdiction de l’ensemble de la presse privée au motif qu’elle constitue une menace pour le gouvernement en fonction est une violation du droit à la liberté d’expression et c’est le type d’action que l’article 9 à l’intention d’interdire. Une presse libre fait partie des principes d’une société démocratique et constitue un outil précieux pour contrôler les excès éventuels du gouvernement.
108. Aucune situation politique ne justifie la violation totale des droits de l’homme; en effet, des restrictions générales sur les droits tels que le droit à la liberté d’expression et le droit d’être à l’abri d’arrestation et de détention arbitraires, ne servent qu’à saper la confiance publique par rapport à la primauté de droit et feront qu’accroitre plus qu’elles n’empêcheront les troubles au sein de l’Etat. La Commission s’inspire des conclusions du Comité des droits de l’homme des Nations unies : L’objectif légitime visant à protéger et donc à renforcer l’unité nationale dans des circonstances politiques difficiles, ne peut pas être atteint en essayant de censurer le plaidoyer en faveur d’une démocratie multipartite, des principes démocratiques et du respect des droits de l’homme.38

Décision



Pour les motifs susvisés, la Commission

Soutient qu’il y a eu violation des of articles 1, 5, 6, 7(1), 9, et 18 par l’Etat d’Erythrée;

Exhorte le gouvernement érythréen à libérer ou à traduire rapidement en justice et dans un procès équitable les 11 dissidents politiques et 18 journalistes détenus depuis septembre 2001, et à lever l’interdiction sur la presse ;

Recommande qu’il soit accordé aux détenus un accès immédiat à leurs familles et avocats ; et

Recommande que le gouvernement érythréen prenne les mesures appropriées pour garantir le paiement de l’indemnisation des détenus.

Notes

1. Voir l’article 56 de la Charte africaine sur les droits de l’homme et des peuples.
2. Voir Commission africaine, Fiche d’informations no. 3, Procédure des communications.
3. Communication 147/95-149/96 Sir Dawda K Jawara / Gambie, Commission africaine de droits de l’homme et des peuples.
4. Inter-American Court on Human Rights (Tribunal interaméricain des droits de l’homme) Cas de Velásquez Rodríguez, Jugement de 29 juillet 1988, para. 63.
5. Voir article 17, “ (1) Aucune personne ne peut être arrêtée ou détenue en vertu de clauses de sauvegarde de la liberté individuelle. (3) Toute personne arrêtée ou détenue sera informée des motifs de son arrestation ou de sa détention et de ses droits relatifs dans un langage qu’elle est susceptible de comprendre. (4) Toute personne arrêtée ou détenue sera présentée devant le tribunal dans un délai de moins de quarante huit (48) heures suivant son arrestation et, si cela n’est raisonnablement pas possible, le plus rapide que possible et cette personne ne pourra être maintenue en détention au-delà de cette période sans autorité du tribunal. (5) Toute personne aura le droit de solliciter auprès du tribunal un Writ de Habeas Corpus (« prendre sa personne et amène-la moi »). Si l’auteur de son arrestation a failli à le faire comparaître devant le tribunal et à donner la raison de son arrestation, le tribunal acceptera la demande et ordonnera la libération du prisonnier.”
6. Article 52 (1) de la Constitution érythréenne.
7. Adopté par le Septième Congrès des Nations Unies sur la Prévention du Crime et le Traitement de ses auteurs tenu à Milan du [sic] août au 6 septembre 1985 et endossés par les Résolutions de l’Assemblée Générale 40/32 du 29 novembre 1985 et 40/146 du 13 décembre 1985.
8. IBA Minimum Standards of Judicial Independence (adopté en 1982).
9. Communication No. 560/1993, UN Doc CCPR/C/59/D/560/1993 (1997)
10. Voir également L Emil Kaaber c. Islande, Communication no 674/1995. UN Doc. CCPR/C/58/D/674/1995 (1996). Voir également Ati Antoine Randolph c. Togo, Communication n 910/2000, UN Doc. CCPR/C/79/D/910/2000 (2003).
11. Harris v. Nelson, 394 US 286, 290-91 (1969).
12. Comite Culturel pour la Démocratie au Bénin/Bénin, 1988. La communication 16/88 concerne l’arrestation d’étudiants, de travailleurs et d’élèves et leur détention sans procès (certains pendant plusieurs mois), au cours desquelles ils ont été tortures et maltraités.
13. 25/89-47/90-56/91-100/93, Free Legal Assistance Group, Lawyers’ Committee for Human Rights (comite de juristes pour les droits de l’homme), Union Interafricaine des Droits de l’Homme, Les Témoins de Jéhovah/Zaïre, African Comm. Hum. & Peoples’ Rights]]. La Comm. 25/89 allègue que 15 personnes ont été torturées par une unité militaire le 19 janvier 1989 ou vers cette date, à Kinshasa près du fleuve Zaïre. Le 19 avril 1989, lorsque plusieurs personnes ont protesté contre leur traitement, elles ont été détenues et gardées indéfiniment. La Comm. 47/90 allègue d’arrestations arbitraires, de détentions arbitraires, de torture, d’exécutions extrajudiciaires, de procès inéquitables, de graves restrictions au droit d’association et de réunions pacifiques et de suppression de la liberté de la presse. La comm. 56/91 allègue des persécutions des Témoins de Jéhovah, y compris des arrestations arbitraires, l’appropriation de biens cléricaux et l’exclusion de l’accès à l’éducation. La comm. 100/93, porte sur des allégations de torture, d’exécutions, d’arrestations, de détentions, de procès inéquitables, de restrictions à la liberté d’association et à la liberté de la presse. Elle allègue également de mauvais usages de finances publiques, de l’échec du gouvernement a offrir des services de base, du manque de médicaments ; de la fermeture des universités et des établissements secondaires depuis deux ans, de la violation de la liberté de mouvement et de l’incitation a la haine raciale par les medias officiels
14. OMCT, Association internationale des juristes démocrates, Commission internationale des juristes et Union interafricaine de droits de l’homme/Rwanda, Communication 27/89, 46/91, 49/91, 99/93. Les communications portent sur l’expulsion de ressortissants burundais, réfugiés, sans opportunité de se défendre durant leur procès ; d’arrestations arbitraires et d’exécutions sommaires ; la détention de milliers de personnes par les forces armées sur la base de leur origine ethnique ; la destruction de villages tutsi et le massacre de tutsis.
15. Albert Womah Mukong c. Cameroun. Communication no 458/1991, UN Doc. CCPR/C/51/D/458/1991 du 10 août 1994.
16. Cour interaméricaine des droits de l’homme, Cas de Velásquez Rodríguez. Exception préliminaires, cit., para. 91. Voir également à cet égard Judicial Guarantees during States of Emergency (Garanties judiciaires dans les états d’urgences) (articles 27.2, 25 et 8 de la convention américaine des droits de l’homme). Advisory Opinion OC-9/87 du Octobre, 1987. Serie A. no 9, para 24.
17. El Hadj Boubacar Diawara/Bénin, juillet 1988.
18. Liesbeth Zegveld et Mussie Ephrem/Erythrée, (2003).
19. Communication no 458/1991, # 9.3 .
20. Albert Mukong, supra.
21. Par exemple, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention européenne sur les droits de l’homme
22. Commission nationale des droits de l’homme et des libertés/Tchad, paragraphe [36] : « La Charte africaine, contrairement aux autres instruments des droits de l’homme, ne permet pas aux Etats de déroger a leurs obligations découlant des traités en période de situation d’urgence. Ainsi, même si une guerre civile au Tchad ne peut pas être utilisée par l’Etat comme une excuse pour violer ou permettre des violations des droits garantis par la Chartre Africaine. ».
23. Cf. par exemple la Communication 101/93 Civil Liberties Organisation en l’affaire Barreau du Nigéria c./ Nigéria, paragraphe 16, et la Communication 212/98 Amnistie Internationale c./ Zambie , paragraphe 50.
24. Voir communications 147/95 et 149/96 Sir Dawda K. Jawara c./ Gambie, # 57-59.
25. Comité de droits de l’homme de l’ONU, communication 458/1991 Albert Mukong c./ Cameroun, 10 août 1994, paragraphe 9.8 .
26. Constitutional Rights Project et Civil Liberties Organisation c./ Nigéria, paragraphe 55
27. ACHPR/Res.4(XI)92: Résolution sur le Droit de Recours et à un Procès Equitable (1992), para. 2.c .
28. Cf. Décision du Comité des droits de l’homme, Buchholz c./Allemagne, 7759/77 [1981] ECHR 2 (6 mai 1981).
29. Union Alimentaria Sanders SA, 7 juillet 1989, Series A Number 157.
30. Idem.
31. Alhassan Abubakar c./Ghana, paragraphe 12
32. Observations générales No 20, 44ème Session, 1992.
33. 48/90, 50/91, 52/91 et 89/93, Amnesty International, Comité Loosli Bachelard, Comité des avocats sur les droits de l’homme, Association des membres de la conférence episcopale de l’Afrique orientale/Soudan.
34. 74/92 Commission nationale des droits de l’homme et des libertés c./Tchad.
35. Voir par exemple les communications 143/95-150/96 Le Projet sur les Droits Constitutionnels et l’Organisation pour la défense des libertés civiques v. Nigéria.
36. Media Rights Agenda, Constitutional Rights Project, Media Rights Agenda et Constitutional Rights Project c./ Nigéria.
37. Communications 147/95 et 149/96 Sir Dawda Jawara c./ Gambie.
38. Affaire Mukong, supra note 2, para. 9.7 .
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